Entrevue avec Cathy Wong

Militante féministe et altermondialiste, Cathy Wong est née à Montréal dans une famille d'origine sino-vietnamienne. Ses parents ont fui la guerre du Vietnam, dans les années '70. Elle a étudié le développement international, le droit et les sciences politiques.
C'est à son initiative que s'est tenu, en 2007, le colloque Agissons ensemble : rendez-vous citoyen sur la condition des femmes d'ici et d'ailleurs. Elle travaille aujourd'hui pour les services associatifs des YMCA du Québec.
Entrevue effectuée par Richard Gendron
RG : Il y a longtemps que vous travaillez au YMCA ?
CW : J'ai travaillé durant toutes mes études universitaires comme instructrice en conditionnement physique, en donnant des cours d'aérobie et de tonus à chaque semaine. Mon premier contact avec les YMCA a été à la garderie, quand j'avais 4 ou 5 ans. Puis, j'ai continué avec des cours de natation et d'aérobie au Y, jusqu'au moment où je suis devenue instructrice, à l'âge de 16 ans. C'est comme ça que j'ai connu davantage la mission communautaire et internationale du Y. C'est de cette manière que j'ai commencé à travailler au sein des Y, notamment dans les programmes internationaux, les « Initiatives Internationales ». J'ai commencé comme bénévole. On faisait des stands d'information pour sensibiliser les membres au commerce équitable, à ce qui se passait dans nos pays partenaires, comme au Guatemala, au Honduras, etc.
RG : Vous en êtes venue à vous définir comme féministe. Vous définissez-vous d'abord comme féministe, et ensuite comme militante sociale en générale ? Ça serait dans quel ordre ?
CW : Je me définis comme une militante féministe. Pour moi, le féminisme, c'est une valeur qui est transversale à toutes les autres luttes sociales auxquelles je participe. Que ce soit une question de souveraineté alimentaire, d'environnement, d'accès à l'éducation, à l'eau. Les femmes, ou alors la prise en compte des enjeux féministes, doivent toujours être présentes, peu importe les thématiques qu'on aborde. Donc, pour moi, aucun ne vient avant l'autre, mais les deux viennent ensemble. Dans tous les enjeux que j'analyse, j'ai toujours une perspective féministe qui m'aide à mieux comprendre l'enjeu.
RG : Pouvez-vous nous expliquer le travail que vous faites ici, au YMCA ?
CW : Je travaille comme agente de développement du secteur jeunesse pour les services associatifs des YMCA du Québec. Au secteur jeunesse, je développe des programmes de leadership et de citoyenneté auprès des jeunes, âgées de 12 à 30 ans. On développe des occasions de participation pour des jeunes qui désirent développer une meilleure compréhension des enjeux sociaux, qui désirent s'engager, être actifs dans leur société et finalement devenir des citoyens plus dynamiques et plus responsables. Que ce soit à travers des activités de sensibilisation, comme la Journée mondiale de lutte contre le sida, le Forum social mondial, la Journée mondiale de la jeunesse, etc.
RG : Vous vous êtes rendue dernièrement au Forum social mondial (FSM) de Dakar. Comment ça s'est passé pour vous, dans les grandes lignes ?
CW : J'étais là pour animer des ateliers sur l'engagement jeunesse. On a mis sur pied une activité où on avait comme objectif d'aboutir à une déclaration jeunesse qui engloberait les grandes valeurs et les grands principes de la jeunesse d'aujourd'hui. Cette déclaration jeunesse est le résultat d'un processus, d'un forum ouvert avec des centaines de jeunes qui ont pu s'exprimer. Les jeunes étaient âgés de 16 à 30 ans et même un peu plus vieux. Il y avait aussi des adultes et même des personnes à la retraite. On dit souvent que les jeunes sont apolitisés, indifférents, quelque peu individualistes. C'est un peu cette image qu'on voulait briser.
On a ainsi obtenu une belle déclaration qui regroupe cinq grandes valeurs : l'ouverture, la créativité, l'engagement, la solidarité et la responsabilité. À partir de ces cinq grandes valeurs, il y a des pistes d'action qui ont été développées. Notre objectif, maintenant, c'est d'affirmer haut et fort, avec les jeunes, qu'on a quinze pistes d'actions et quinze revendications qui sont sorties de cette déclaration-là.
RG : On parle d'une centaine de personnes, jeunes ou moins jeunes - mais au cœur jeune. D'où venaient-t-ils ?
CW : Ces jeunes venaient de trois continents. Il y avait plusieurs jeunes du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie aussi. On a pu accueillir une quinzaine de Français dans notre délégation. On comptait bien-sûr des Québécois de Montréal, de Rimouski, de l'Outaouais qui étaient présents dans ces forums ouverts. C'était une déclaration tri-continentale, surtout qu'ici, à Montréal, ils ont suivi exactement le même processus que nous pour aboutir à une déclaration jeunesse.
RG : En rétrospective, est-ce qu'il a des éléments du FSM qui ont retenu votre attention en particulier, des enjeux ou des présentations qui vous ont marquée ?
CW : Je dirais que je suis revenue avec quatre grands enjeux qui m'ont fait beaucoup réfléchir et je me dis que ce sont des enjeux qui vont prendre de l'importance dans les prochaines années. Premièrement, on a beaucoup parlé de justice climatique. On a l'habitude d'appeler ça le changement climatique, mais maintenant, c'est la notion d'une justice climatique qui émerge. On parle du droit à un environnement sain, du droit de vivre dans un environnement respectueux de nos besoins, mais aussi respectueux de Mère Nature. Deuxièmement, un sujet qui m'a beaucoup marquée, c'est le sujet de la migration. Il a beaucoup été question de protéger les droits des personnes migrantes et des personnes qui doivent se réfugier dans d'autres pays et qui sont malheureusement persécutées et opprimées dans des pays voisins. Les deux autres grands enjeux ont été : la souveraineté alimentaire et, finalement, l'indépendance des peuples.
RG : Revenons sur un des quatre thèmes que vous avez retenu du Forum social. Il y a eu une Charte des migrants qui a été adoptée. Pouvez-vous nous en parler ?
CW : Cette charte avait été adoptée avant le Forum social, la fin de semaine juste avant, mais son contenu a été diffusé et partagé tout au long du Forum. Les revendications là-dedans ne sont pas simples, mais elles sont importantes pour moi. Je n'y ai pas participé, ni aucun des membres de la délégation, malheureusement, mais je pense que ces revendications sont importantes, qu'il s'agisse du statut de réfugié cl imatique ou de l'idée que personne ne soit considérée comme illégale dans un autre pays. En fait, c'est une reconnaissance de tous les enjeux qui entourent le droit des réfugiés.
L'idée est que la planète appartient à tout le monde et que les frontières devraient toutes être abolies. Je pense que c'est quelque chose d'intéressant, surtout dans un contexte mondial où on voit de plus en plus de réfugiés. On voit des guerres où les populations n'ont d'autre choix que de se déplacer vers d'autres pays pour être en sécurité. On voit de plus en plus de réfugiés climatiques. À cause de circonstances climatiques, ces populations n'ont plus accès à des ressources de base pour survivre et n'ont d'autre choix que de migrer dans d'autres pays. Alors, ce qu'on réclame à travers tout ça, c'est de dire que personne ne devrait être considérée comme illégale, surtout lorsque c'est une question de survie ou si c'est pour fuir des circonstances dangereuses qui portent atteinte à nos droits fondamentaux. Je sens que c'est un enjeu qui s'en vient dans les prochaines années, avec ce qui se passe en Lybie, par exemple. De nombreux Lybiens sont obligés de s'exiler en Égypte. Ce n'est pas en contrôlant encore plus nos frontières que ça va aller mieux. Je pense que c'est en trouvant un compromis, en trouvant des solutions ensemble, entre nations, qu'on va être capables de régler ces situations.

Jeunes en marche, dans le cadre du FSM 2011 à Dakar. Photo : C. Wong


