Terre des hommes

Les ailes de Johnny May

Documentaire de Marc Fafard, Canada-France, 2013

JohnnyMay_BanniereWeb

L’écrivain et aviateur français Antoine de Saint-Exupéry avait souvent survolé un désert de sable (d’où le contexte de son plus célèbre ouvrage : Le Petit Prince). Terre des hommes est une autre œuvre majeure de Saint-Exupéry qui s’était alors inspiré de son expérience de pilote et des reportages qu’il avait faits pour différents journaux.

L’aviateur Johnny May jouit aussi d’une célébrité, plus locale celle-là, pour ses fréquents survols du grand désert de neige et de glace du Nord canadien. Johnny May n’est pas écrivain, mais tout comme Saint-Exupéry, il a survolé en solitaire des régions peu peuplées à bord de petits appareils. En effet, Johnny May est le premier Inuit à avoir pratiqué le métier d’aviateur au Nunavik. Ses 34 000 heures de vol en cinq décennies de métier l’ont rendu célèbre auprès des siens.

Du haut des airs, Johnny May a été l’observateur privilégié de deux « fins du monde » : la sédentarisation de son peuple et les bouleversements du climat arctique. À travers le portrait de Johnny May, ce documentaire nous livre le récit du peuple inuit des 70 dernières années (rappelons que « inuit » signifie « hommes » en inuktitut).

Né en 1947 d’un père blanc, Johnny May a tout de même vécu l’expérience des pensionnats comme les autres enfants autochtones de sa génération. Puis, au début de sa carrière de pilote, Johnny a vu le déplacement de son peuple par le gouvernement fédéral qui fut alors soucieux d’affirmer la souveraineté canadienne en implantant une présence humaine dans certaines régions stratégiques. Ottawa faisait miroiter l’abondance des ressources dans certaines régions…

Au-delà de la sédentarisation, c’est le passage aux modes de vie moderne qui a rendu caducs le savoir et l’art inuit pratiqués depuis des siècles. Par exemple, il est raconté que l’abandon des traîneaux à chiens pour la motoneige ne fut pas nécessairement un progrès. Un inuit voyageant en motoneige peut se perdre dans une tempête même s’il est expérimenté. Alors que les chiens de traîneaux retrouvent toujours leur chemin.

La deuxième « fin du monde » consiste en ces changements climatiques qui défigurent à vue d’oeil le paysage nordique. Le bouleversement de l’écosystème se traduit notamment par la disparition de la faune qui a fait la renommée de l’art inuit et qui a été longtemps intimement liée aux activités de subsistance des peuples du Nord.

Rappelons que le réchauffement planétaire a un impact plus marqué dans le Grand Nord qu’aux latitudes sud. Johnny May a ainsi vu les glaces de l’Ungava fondre irréversiblement. La neige se fait de plus en plus tardive à l’automne, et part de plus en plus tôt au printemps. Le sol du Nunavik se déchire lorsque le pergélisol dégèle. De plus, cette fonte du pergélisol libère du méthane qui accélère davantage le réchauffement. Le Nunavik se voit maintenant convoité pour ses gisements…

Au-delà d’un certain exotisme associé aux lointaines contrées désertiques habitées par des peuples qui ont su s’adapter à des conditions extrêmes, peut-on espérer aujourd’hui une réaffirmation de l’humanisme de Saint-Exupéry dans notre monde rongé par la spéculation financière?

Les ailes de Johnny May n’innove en rien sur le plan narratif ou visuel (malgré son support 3D), mais les thèmes abordés sont des plus pertinents car il nous ramènent à l’humain dans sa condition à la fois merveilleuse et fragile.

Hieu Ly et Richard Gendron
9 août 2013

JMay_afficheRed

Oscar du meilleur film en langue étrangère

Separation_DemiBandeauWeb

Une Séparation d’Asghar Farhadi

Un drame social iranien avec une résonance universelle

 

Arrive enfin sur nos écrans le film couronné comme LE film international de l’année 2011.

Une Séparation d’Asghar Farhadi a mérité hier l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, une catégorie où il était en compétition avec Monsieur Lahzar du Québécois Philippe Falardeau. Une Séparation (titre original : Jodaeiye Nader az Simin) a aussi triomphé au dernier Festival de Berlin et a obtenu à Paris le César du meilleur film étranger, affirmant une fois de plus le dynamisme du cinéma iranien.

Comme l’a dit un de mes confrères, il vaut mieux en savoir le moins possible sur la trame de ce film avant de le voir. Pour ce qui est du synopsis, je me contenterai d’écrire que le film débute avec l’histoire banale d’un couple qui demande le divorce à la cour. Par la suite, ce semblant de banalité devient une puissante fresque sociale où s’insèrent des questions de lutte des classes, de foi religieuse et de conditions des femmes dans la société iranienne d’aujourd’hui.

Ce film n’est cependant pas qu’un regard révélateur sur une société du Moyen-Orient, comme certains critiques ont écrit. La force du film réside dans le fait que son auteur a su dépasser le cadre culturel particulier de l’Iran pour livrer une réflexion des plus universelles. Sous le couvert de disputes légales, Asghar Farhadi fait une analyse des conflits qui naissent inévitablement entre les humains vivant en société. Dans tous les conflits, les parties en opposition ont chacune leurs raisons. Ils ont tous tort, et en même temps ils ont tous raison. Chacun juge en fonction de ses critères personnels, et le regard que l’on porte sur le monde reste partiel, subjectif, engagé. Qui peut se targuer d’être en mesure de proclamer la vérité?

Une séparation évite tout manichéisme; pas de bons ni de méchants, mais des hommes et des femmes en souffrance. Le spectateur a peur pour chacun des protagonistes à tour de rôle. Le cinéaste lui-même ne juge pas, il prend le spectateur à témoin pour le pousser à la réflexion. Au final, le film nous rappelle qu’il faut porter un regard prudent sur tous les conflits. L’année 2011 a été au bout du compte marquée par de nombreuses contestations à travers le monde. Outre les soulèvements populaires qui secouent depuis plus d’un an le Moyen-Orient, on pense aussi aux mouvements anti-Wall-Street et aux manifestations contre les mesures d’austérité en Europe. Tous ces bras de fer doivent être examinés sous de multiples angles. Sans l’avoir prémédité, Asghar Farhadi livre un film qui arrive à point nommé pour nous aider à réfléchir à la nature des conflits humains!

Le film nous impressionne doublement à cause de la situation politique de son pays d’origine. On se demande : comment l’un des pays les plus en retard sur les droits de l’Homme – en particulier au niveau de la liberté d’expression – parvient-il à engendrer l’un des cinémas nationaux les plus dynamiques dans le monde? Comme on le sait, l’Iran fait souvent les manchettes socio-politiques pour les mauvaises raisons; on n’a qu’à penser à l’emprisonnement des dissidents du régime dont le cinéaste Jahfar Panahi. Malgré tout, le cinéma iranien continue à être une puissance dans le monde du cinéma d’auteur. Cette restriction imposée par le régime de Téhéran est peut être, en définitive, ce qui a conduit Asghar Farhadi à livrer un message non entaché d’une prise de position politique, contribuant à en faire une œuvre indubitablement universelle.

Hieu Ly
27 février 2012

Entrevue avec André Bélisle, mars 2011

Entrevue avec André Bélisle, le
« Michel Chartrand de l’environnement »

 

20110322ABel16r

Entrevue effectuée par Richard Gendron, le 15 mars 2011

À fin des années ‘70, André Bélisle a commencé à s’informer sur les pluies acides, un problème dont on ne parlait presque pas au Québec. Il a fondé l’AQLPA en 1982 : l’acronyme signifiait alors « Association québécoise de lutte contre les pluies acides » (Aujourd’hui, le « PA » de la fin réfère à « pollution atmosphérique »). Il nous a fait part de son cheminement au cours d’une entrevue où nous avons aussi discuté des dossiers énergétiques actuels.

AB : En 1980, mon idée était faite : il fallait faire quelque chose. Je suis devenu membre de plusieurs groupes écologistes, mais il me semblait qu’on avait besoin d’une approche misant plus sur l’éducation populaire. Je me disais qu’avec des écolos qui sensibilisent des écolos, on n’irait pas bien loin. Je sortais du milieu de la construction, et il me semblait qu’il fallait que la population au complet soit informée du problème et des solutions, et c’est ce qui a mené, en 1982, à la fondation de l’AQLPA.

RG : Le dossier des pluies acides n’était pas la priorité du gouvernement Mulroney, mais en 1988, Messieurs McMillan et Lincoln, respectivement ministres canadien et québécois de l’Environnement, signent une entente bilatérale (Canada-Québec) pour réduire de 50 % les émissions canadiennes d’anhydride sulfureux (SO2). Ils ont d’ailleurs souligné le rôle déterminant qu’a joué l’AQLPA à cet égard. À ce moment, on visait notamment l’usine de Noranda, en Abitibi, non ?

AB : C’était, au Québec, la source la plus importante, et de loin. L’usine d’affinage de Rouyn-Noranda émettait 860 000 tonnes de SO2 par année dans l’air. C’était la 3ième plus importante source d’anhydride sulfureux en Amérique du Nord. Il y en avait une autre, pas très loin, l’autre côté de la de la frontière à Sudbury, à 400 km ou à peu près, qui était LA plus grande source en Amérique du Nord. La deuxième était en Arizona, et puis il y avait la fonderie de Rouyn-Noranda en 3ième.

RG : Il y avait aussi, notamment, les centrales thermiques en Ontario, qui fonctionnaient au charbon…

AB : Les centrales de l’Ontario constituaient aussi une source très importante et il ne faut pas oublier les États-Unis, surtout le Mid-Ouest qui était un des « hot spot » en termes d’émissions d’anhydride sulfureux.

RG : On a parlé du gouvernement conservateur et du ministre Tom McMillan. Est-ce que c’est ce gouvernement-là qui a signé l’accord canado-américain sur les pluies acides, en 1991 ?

AB : Oui, on parle toujours du gouvernement de Brian Mulroney, mais il faut comprendre que c’est vraiment au Québec que la partie s’est jouée. C’est d’abord le Québec qui a décidé d’aller de l’avant. C’est le ministre Clifford Lincoln, du gouvernement Bourassa, qui a vraiment pris l’initiative et entraîné le reste du Canada dans son sillon. Après le Québec, ce fut l’Ontario et ensuite les autres provinces, puis après le fédéral. Alors oui, c’est Tom McMillan qui a initié, pour le Canada, le processus qui a mené à cet accord là, qui a toutefois été signé par Jean Charest, entretemps devenu ministre de l’Environnement du Canada. Il y a donc eu, successivement, Tom McMillan, Lucien Bouchard et Jean Charest qui sont intervenus comme ministres de l’Environnement pour le gouvernement conservateur.

RG : Ce gouvernement-là avait quand même une certaine ouverture à entreprendre des discussions sérieuses sur des questions d’environnement. Vingt ans plus tard, quelle comparaison peut-on faire avec le gouvernement conservateur d’aujourd’hui ?

AB : Il porte encore le nom « conservateur », mais ça ne se ressemble pas du tout ! Déjà à l’époque, on pouvait voir que, par rapport aux Libéraux de ce moment là, les Conservateurs étaient plus à droite et donc moins ouverts à ces questions, mais comparativement à aujourd’hui, c’était bien moins pire : aujourd’hui, avec Harper, on a l’impression d’être 50 ans en retard ! Ça ne se compare pas !

RG : Un débat public sur l’énergie a eu lieu en 1995, sous l’égide d’une Commission présidée par Alban d’Amours, et le résultat fut un rapport intitulé Pour un Québec efficace : cela a mené à l’adoption, par le gouvernement québécois, d’une nouvelle politique énergétique en 1996. On a alors créé la Régie de l’énergie et l’Agence de l’efficacité énergétique. Aujourd’hui, 15 ans plus tard, que pensez-vous du projet de loi 130 qui abolit l’Agence de l’efficacité énergétique en l’intégrant au ministère des Ressources naturelles ?

AB : Je ne peux pas faire autrement que faire le cumul de ce qui s’est passé depuis 1996. Au moment où sont déposées les recommandations de la Commission sur le débat public sur l’énergie, on a eu un nouveau premier ministre et un nouveau président d’Hydro-Québec. Monsieur Parizeau, premier ministre, avait accueilli le rapport, reconnu sa pertinence et décidé de créer l’Agence de l’efficacité énergétique et la Régie de l’Énergie; il avait accepté la hiérarchisation des filiales énergétiques – qui priorise la conservation et l’efficacité énergétique et les énergies vertes, et qui élimine le thermique et le nucléaire – mais tout de suite après Lucien Bouchard a remplacé M. Parizeau. Dès lors, Lucien Bouchard et André Caillé, nouvellement nommé président d’Hydro-Québec (il occupait auparavant le même poste chez Gaz Métro) se sont mis à démolir ce qui avait été fait, pièce par pièce et ce, jusqu’à aujourd’hui : alors on ne peut pas s’en réjouir ! On doit s’opposer à l’élimination de l’Agence de l’efficacité énergétique, et ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’à partir du moment où l’Agence est intégrée au Ministère des Ressources naturelles, la Régie de l’Énergie n’a plus aucun contrôle, aucun pouvoir pour assurer que l’efficacité énergétique demeure une priorité.

RG : Durant les années 2000, l’AQLPA a beaucoup investi pour que soit élaboré un programme gouvernemental d’inspection et d’entretien des véhicules automobiles au Québec. Il y a eu des cliniques d’inspection et beaucoup de recherche en vue d’un tel programme. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

AB : Ça aussi, ça a commencé en 1996. Le ministre de l’Environnement, David Cliche à ce moment-là, comprenait que le Québec devait finir le travail de réduction des émissions qui causent les pluies acides et le smog : jusque là, on n’avait rien fait au niveau des oxydes d’azote, qui proviennent majoritairement du parc automobile. Alors on a eu le mandat de développer ce programme là, qui a été poursuivi ensuite par le ministre de l’Environnement qui a suivi, Paul Bégin. Ensuite est apparu l’ineffable André Boisclair, qui, sous couvert de vouloir faire mieux, a décidé de ne rien faire. Il avait peur de perdre des votes aux élections, mais ça ne lui a rien donné : il a perdu les élections quand même. Aujourd’hui en 2011, on en est encore, au Québec, à envisager l’idée de mettre en place le programme d’inspection obligatoire…

RG : La question des gaz de schiste a beaucoup retenu l’attention ces derniers mois. C’est un dossier qui ressemble un peu à celui du Suroît, en ce sens que le gouvernement met quelque chose de l’avant, puis recule sous la pression du public, celui-ci étant sensibilisé notamment par le travail de groupes comme l’AQLPA. Sous la pression donc, on finit par faire des audiences publiques (du BAPE, dans le cas des gaz de schiste, ou de la Régie de l’énergie dans le cas de la centrale du Suroît), et on finit par dire : « Bon, peut-être qu’on allait trop vite, ou qu’on n’allait pas dans la bonne direction ». Aujourd’hui, qu’est-ce que vous pensez du rapport du BAPE d’une part, et de la réponse gouvernementale au rapport du BAPE, d’autre part ?

AB : Le rapport du BAPE me donne espoir. Le BAPE avait perdu beaucoup de crédibilité, notamment dans l’affaire de la (rivière) Romaine (…) Dans le cas des gaz de schiste, on a une décision du BAPE qui, finalement, affirme son indépendance face au gouvernement et qui reconnaît les faits. L’AQLPA accueille très favorablement ce rapport-là puisqu’on y retrouve tout ce qu’on avait demandé. Même qu’on se pète les bretelles un peu, en se disant que c’est comme s’ils avaient pris le mémoire de l’AQLPA, qui s’intitule Feuille de route pour décider collectivement de l’opportunité d’une industrie du gaz de schiste au Québec, pour en faire leur rapport. Ils ont carrément pris, si l’on veut, leur inspiration dans notre mémoire. On l’accueille d’autant plus positivement qu’on voit qu’ils ne s’en sont pas tenus au mandat du Gouvernement, qui était très restrictif. Ils ont pris la liberté d’aller plus loin, car les faits l’exigeaient. C’est une bonne nouvelle.

Du côté du gouvernement, il y a une bonne, puis une mauvaise nouvelle. On demandait une audience générique. On a obtenu une évaluation environnementale stratégique, ce qui est bon. On demandait un moratoire, on a obtenu un quasi-moratoire, mais là, ce n’est pas clair. Ce qu’on réalise de plus en plus, c’est que le Gouvernement laisse quand même beaucoup de latitude aux compagnies gazières pour développer des connaissances supposément scientifiques, mais il n’y a rien qui dit qu’ils ne pourraient pas poursuivre la fracturation dans tous les puits qui ont déjà été forés. Il y en a 31 qui ont été fracturés. Il pourrait quand même y en avoir 16 autres et ça, on n’est pas d’accord avec ça.

On poursuit donc le développement de cette industrie, sans le dire vraiment, et la question de la pertinence d’aller de l’avant ou non n’est pas résolue. Ça nous inquiète. Mais somme toute, le BAPE a fait un travail qui nous permet maintenant de dire : « Le gouvernement ne peut plus éluder ces questions-là ». La politique étant ce qu’elle est, on voit qu’il y a maintenant toutes sortes de tiraillements ; l’AQLPA va rester très vigilante.

RG : Vous suivez la question environnementale, la question de la pollution atmosphérique depuis bientôt 30 ans. Ça veut dire quelques dizaines de ministres de l’Environnement, au provincial et au fédéral.

AB : À mon dernier décompte, je suis rendu à 31, aux deux niveaux.

RG : Quels sont les ministres de l’Environnement dont vous gardez un bon souvenir ; quels sont ceux qui ont été efficaces ?

AB : Celui qui m’apparaît comme le ministre le plus efficace, le plus sincère, c’est Clifford Lincoln, suivi de très près par Marcel Léger : lui, c’était la fougue, c’était vraiment la volonté d’écrire le livre, si on veut. Tout était à faire quand Marcel Léger était là. Il y avait eu avant lui Victor Goldbloom, mais lui, c’était au tout début du ministère de l’Environnement.

C’est sous Marcel Léger, en 1982, que l’AQLPA a été fondée. Donc, pour moi, les meilleurs sont : Clifford Lincoln, Marcel Léger; il y a eu aussi David Cliche, qui malheureusement est passé trop vite. C’était vraiment quelqu’un de très compétent et qui a voulu bien faire, mais malheureusement, le dossier du cochon l’aura fait sauter. Ensuite, aussi surprenant que ça peut paraître, deux personnes discrètes : Paul Bégin, qui a agit discrètement, comme un jésuite. On ne le voyait pas, on ne l’entendait pas, mais il a fait avancer des choses de façon importante. Line Beauchamp aussi : c’est elle qui a lancé le virage de la bio-méthanisation au Québec. On ne peut pas ne pas nommer Thomas Mulcair, le père de la loi du développement durable au Québec. Thomas a pris le bâton du pèlerin, a convaincu son gouvernement qu’on était mûr et c’est au Québec qu’on a eu la première loi pour le développement durable en Amérique. De plus, il n’a pas eu peur de prendre position publiquement contre le Suroît, contre Rabaska, contre les absurdités de son propre Gouvernement et malheureusement il a perdu son poste.

Alors si je devais nommer, en comptant sur les doigts d’une main, les cinq ministres de l’Environnement qui m’apparaissent les plus importants, je mettrais définitivement dans ma liste Marcel Léger, Clifford Lincoln, Thomas Mulcair, Line Beauchamp et David Cliche.

RG : Que feriez-vous différemment, si c’était à refaire ?

AB : Bonne question. S’il y avait quelque chose à refaire, personnellement, je proposerais qu’on mette encore plus l’accent sur l’éducation populaire. C’est pas qu’on n’a pas voulu le faire, mais on comptait sur des fonds qui existaient et qui n’existent plus maintenant pour ça. Il faut beaucoup d’éducation si on veut changer les choses et curieusement, tous les gouvernements des dix dernières années ont fait disparaître ces fonds-là, graduellement. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain, mais aujourd’hui, il reste peu de fonds disponibles. Ils sont très dirigés et il faut aller dans le sens de ce que le gouvernement veut entendre pour obtenir des fonds. Je pense qu’on doit se battre contre ça pour s’assurer qu’on ait une liberté d’opinion et qu’on puisse débattre de ces questions-là sereinement ; il ne faut pas qu’il y ait de dossiers dont on ne puisse pas parler.